Y a-t-il assez de recul sur les effets toxicologiques du vapotage par rapport au tabagisme ?

N’importe quel vapoteur ayant présenté les avantages de la vape sur le tabagisme lors d’un repas de famille, à des amis ou à des collègues fumeurs se sera vu rétorquer au moins une fois : “oui mais on n’a pas encore assez de recul sur ta vapoteuse”.

Voici quelques éléments de réponse pour vos proches, soucieux de votre santé.

Tout d’abord, avons-nous besoin d’attendre 40 ans d’utilisation de la vape pour en estimer les risques potentiels par rapport au tabagisme ?

Nous sommes aujourd’hui capables d’identifier les composés chimiques responsables des effets néfastes du tabagisme. On peut les catégoriser en deux familles. Il y a les molécules naturellement présentes dans le tabac qui ont une toxicité intrinsèque. C’est le cas, par exemple, de certains alcaloïdes du tabac comme l’anabasine ou l’anatabine mais aussi de molécules appelées nitrosamines du tabac. Puis, il y a les produits de dégradation créés lors de la combustion du végétal dans la cigarette. A eux seuls, ils sont responsables de la majeure partie de la toxicité du tabagisme et représentent plusieurs centaines de composés1.

Les premières études portant sur la composition de la vapeur des vaporisateurs personnels (VP) se sont logiquement attachées à rechercher la présence des produits de dégradation liés à la cigarette. Les résultats montrent que parmi les centaines de molécules néfastes contenues dans la fumée de tabac, seuls 4 à 5 composés sont retrouvés dans les émissions d’un VP dans des conditions normales d’utilisation et dans des quantités jusqu’à 1000 fois moins importantes que dans la fumée de tabac2. La présence des éléments toxiques du tabac (alcaloïdes et nitrosamines) a également été étudiée dans les e-liquides et la vapeur. Il apparaît que leurs quantités sont tellement faibles qu’elles en deviennent difficilement détectables2.

On le voit, les molécules responsables des effets toxiques du tabagisme à court et long terme sont quasiment absentes de la vapeur d’un VP dans des conditions normales d’utilisation. On peut donc raisonnablement penser que les effets nocifs du VP sont donc réduits par rapport au tabagisme. Néanmoins il y a, dans les émissions d’un VP, des molécules absentes de la fumée de tabac dont il faut étudier l’innocuité. Celles-ci sont également présentes dans des produits de consommation courante, il est peu probable qu’elles induisent un risque de santé publique aussi important que le tabagisme. Enfin, l’évolution actuelle des produits du vapotage tend plutôt vers un assainissement des produits et de leurs émissionsgrâce, notamment, à l’élaboration de normes précises portant sur leur composition (norme AFNOR XP D90-300 partie 2)

De plus, l’étude des effets toxicologiques du vapotage sur une longue période est, en l’état, quasiment irréalisable car l’immense majorité des vapoteurs sont des fumeurs ou d’anciens fumeurs. Ainsi, il est impossible d’établir un lien de causalité entre le développement d’une pathologie et le vapotage chez une personne ayant déjà un passif tabagique. Il est désormais acquis que les antécédents tabagiques restent un facteur de risque pour de nombreuses maladies et ce malgré l’arrêt de la consommation de tabac4.

Il faudrait donc attendre des générations de vapoteurs exclusifs pour identifier les potentiels risques à long terme du vapotage tout en prenant en compte les variations de nombreux paramètres. Quels comportements tester ? quels liquides ? quelles conditions de vaporisation ? quelles quantités ? Ce serait d’une complexité extrême.

Une étude s’y est néanmoins attachée en observant des vapoteurs n’ayant jamais fumé auparavant. Les auteurs ont suivi 16 de ces vapoteurs durant presque 4 ans et ont comparé certains de leurs paramètres cardiaques, respiratoires et sanguins à des non-fumeurs. On peut lire dans les conclusions qu’aucun impact négatif du vapotage n’est observé sur les paramètres étudiés par rapport à des non-vapoteurs et non-fumeurs5. S’ils sont encourageants, ces premiers résultats méritent d’être approfondis avec d’autres études prenant en compte un nombre plus important de vapoteurs. Mais, la principale difficulté résulte dans le fait qu’il existe peu de vapoteurs n’ayant jamais fumé et le financement de ces recherches reste très coûteux.

Références :

  • Chen, P. X., & Moldoveanu, S. C. (2003). Mainstream smoke chemical analyses for 2R4F Kentucky reference cigarette. Beiträge Zur Tabakforschung International/Contributions to Tobacco Research20(7), 448-458.
  • Goniewicz, M. L., Knysak, J., Gawron, M., Kosmider, L., Sobczak, A., Kurek, J., … & Jacob, P. (2014). Levels of selected carcinogens and toxicants in vapour from electronic cigarettes. Tobacco control23(2), 133-139.
  • Wagener, T. L., Floyd, E. L., Stepanov, I., Driskill, L. M., Frank, S. G., Meier, E., … & Queimado, L. (2017). Have combustible cigarettes met their match? The nicotine delivery profiles and harmful constituent exposures of second-generation and third-generation electronic cigarette users. Tobacco control26(e1), e23-e28.
  • https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/Benefices_du_sevrage_tabagique.pdf
  • Polosa, R., Cibella, F., Caponnetto, P., Maglia, M., Prosperini, U., Russo, C., & Tashkin, D. (2017). Health impact of E-cigarettes: a prospective 3.5-year study of regular daily users who have never smoked. Scientific reports7(1), 13825.
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